ETC Partie 1

C’est assez dingue ce qu’il vient de se passer dans le petit monde des crypto-monnaies…

Préambule

Note : Vous pouvez sauter cette section si vous connaissez déjà Bitcoin et Ethereum…

Vous connaissez le bitcoin ? Un dispositif à l’origine amateur pour envoyer de l’argent liquide et devenu en très peu de temps le plus grand réseau de calcul distribué au monde. Je résume. Papa Bitcoin a donné forme à une nouvelle idole : la décentralisation. Pas la décentralisation à la française qui consiste en un retour au moyen-âge avec la réapparition de fiefs féodaux. Non, une vraie décentralisation où personne n’a de pouvoir hormis la collectivité dans son ensemble. La monnaie était depuis l’origine – et ce qu’elle n’a jamais cessé d’être – le signe de la manipulation de l’Etat ? Voici une monnaie libre sans possibilité de trucage. Idole, c’est un peu fort. Disons référence ultime de la part de ceux qui se revendiquent sans ni dieu ni maître (ou bien de ceux qui modestement et sans forcément le dire, n’ont pas brisé tout idéal en eux). Proposer un modèle qui remet en cause la décentralisation, c’est passer dans le camp de R3 et des blockchains bancaires. Le camp du pognon…

Un modèle centralisé, en effet, est un modèle où celui qui est au centre a pouvoir de vie ou de mort sur les autres qui dépendent de son bon vouloir. C’est au final toujours la même histoire de l’esclave et du maître (voire du « client-serveur »). En même temps, il suffit que celui au centre tombe malade et tout s’écroule. Le système est fragile. Mais Bitcoin, ce n’est pas seulement pour employer des termes savants d’informaticiens une résolution du problème des généraux byzantins ; c’est aussi l’avènement des « smart contracts » proposés la première fois par le visionnaire Nick Szabo au début des années 90. Une transaction bitcoin, dans sa forme la plus simple, est déjà un contrat intelligent. On rassemble côte à côte deux bouts de codes écrits dans un même langage de programmation (des « snippets » qui représentent pour l’un les conditions d’application du contrat et pour l’autre les preuves nécessaires afin qu’il se déclenche) et on exécute. Si ça marche, on valide et on inscrit dans le registre. La transaction financière est acceptée. Pour plus de sécurité (on joue pas avec l’argent), Papa Bitcoin avait interdit les possibilités de se fourvoyer dans des boucles infinies. Le langage de programmation était volontairement succinct.

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Mais voilà fiston Ethereum qui dit à son papa qu’il est dépassé et qu’on est maintenant au vint-et-unième siècle. Vingt-et-unième siècle papa, tu te rends compte ? On peut pas continuer à vivre dans un monde avec un langage de programmation comme ton langage de pile qui remonte aux années 1960, à un âge où tu n’étais d’ailleurs pas né ! Perso, moi le fiston, je veux ma blockchain (i.e., mon registre) où l’on pourrait faire tourner dessus des beaux contrats intelligents grâce à un vrai langage de programmation Turing-complet (avec possibilité de faire des boucles !). Que répondrait-on à un ado tenant un tel discours ? Hé bien vas-y, vis ta vie, brûle-toi les ailes. On t’aura prévenu… Attention aux boucles infinies !

En vérité, Ethereum contient une protection astucieuse contre les boucles infinies : le fait que le code ait un coût d’exécution en terme de « gaz » (oui, fiston Ethereum était un peu dans un trip « éthéré » quand il a proposé son nouveau réseau…) et le gaz est lié à l’éther (le prix du gaz est de 10 « Szabo » actuellement et un « Szabo » vaut 0.000001 ether). Voir par exemple http://ether.fund. Plus de gaz et le moteur (la machine virtuelle d’Ethereum) qui sert à exécuter les contrats s’arrête. Mais si un élément de la boucle conduit à gagner des éthers, la boucle s’auto-alimente jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’éther à siphonner !

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Ceci n’était qu’un petit rappel…

Acte 1 : les malheurs de « The DAO »

Au départ, il y a l’arnaque de « The DAO » qui réussit à vendre son soit-disant « contrat intelligent » mais en réalité totalement pourri à une communauté très diverse d’investisseurs pour un total de 150 millions de dollars. Arnaque, c’est trop fort, je ne pense pas que les responsables de slock.it soient de véritables escrocs avec volonté préméditée de nuire. Par contre, arrogants et donneurs de leçon, sans doute. La société slock.it (se remettra-t-elle de cette déconvenue ?) arbore fièrement les bannières de Microsoft et Samsung sur son site, comme quoi même les plus grands de ce monde peuvent aussi être victimes d’illusions numériques. Ah ça faisait bien d’afficher les drapeaux de tels partenaires ! Ça donnait de la confiance !

En tout cas, des tas de gens, tels des papillons un soir de tombée de manne, attirés par les réverbères des villes de campagne, se sont rués sur les promesses de la start-up californienne. En souscrivant à ce contrat, on avait la possibilité de devenir actionnaire de projets à venir sur la plate-forme Ethereum. Vu qu’elle était présentée comme un « ordinateur global » à la conquête du monde, que des tas d’entrepreneurs avec des idées sensationnelles allaient rejoindre la communauté Ethereum, il était clair pour beaucoup que « The DAO » était le coup du moment. Le bon investissement à faire. Surtout qu’en cryptofinance (disons, dans la finance apparue après la création du Bitcoin) plus encore qu’ailleurs, c’est vraiment celui qui est au tout début du lancement d’un nouveau projet qui en récolte les fruits. En occultant volontairement le fait qu’il n’y avait toujours réellement aucun réel projet concret qui mérite d’être considéré par ces actionnaires en herbe… Au fond, les gens, quand ils décident d’investir, le font souvent de manière totalement irrationnelle. L’argent comme l’amour est manifestement aveugle…

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« The code is law », yeah, ça fait bien de le dire… Par contre, personne n’avait lu le contrat qu’il venait d’acheter ! Hé oui, d’habitude on relit plusieurs fois un contrat papier du type d’assurance-vie avant de souscrire. Mais là non ! Du reste, dans un souci de transparence, les développeurs avaient tout mis en ligne et exhibaient donc fièrement leur incompétence puisqu’un petit malin a trouvé une faille qu’il n’a fait qu’exploiter. Tout dépend de ce que l’on entend par « hacking ». Personne n’est rentré frauduleusement sur le compte d’un autre pour lui voler ses sous. Non. Par contre, un ou une informaticienne (ou un groupe d’entre eux) a tiré profit d’un beugue dans le contrat de « The DAO » pour vider les caisses et s’octroyer un beau pactole d’environ 50 millions de dollars en éthers (l’éther est la crypto-monnaie associée au réseau Ethereum).